L’accueil des publics âgés dans les musées, Nadeije Laneyrie-Dagen

, par Caroline Archat

Lors des journées d’étude ALZHEIMER@MUSEUM qui se sont tenues les 20 et 21 mars 2015, nous avons réunis des professionnels de l’accueil des personnes dans les musées : Cathy LOSSON, Michel LO MONACO du musée du Louvre ; Tommaso BENELLI et Marie LECLERC du Musée national Picasso-Paris, Francesca ROSENBERG, directrice des actions publiques au MoMA pour réfléchir à la réception de l’art dans les musée par un public âgé.

Ce lundi 17 novembre 2017, nous nous réunissons à nouveau pour tirer, sinon des conclusions, du moins une forme de bilan d’étape sur les rapports entre le musée et le public, dont le public âgé et pour envisager, éventuellement, les missions du musée citoyen de demain.

La question était et reste sociale - sociétale - et économique : les personnes âgées sont de plus en plus nombreuses, il s’agit d’un public qui a du temps libre et dont une partie a les moyens de se consacrer à des activités de loisir culturel, fait non négligeable pour les musées.

Une partie de ces personnes rencontrent des difficulté à se déplacer – venir au musée, y demeurer debout. Elles sont empêchées, il faut donc imaginer des transports et un mobilier adaptés. Une partie de ces personnes est aussi, littéralement, handicapée : le fait de devenir sourd, d’avoir la vue qui baisse, de moins se souvenir, de souffrir de troubles psychiques graves interdirait-il pour autant la visite dans un musée ? Par ailleurs, avoir peu fréquenté le musée dans sa jeunesse ou à l’âge adulte, interdit-il de le découvrir dans les dernières années de sa vie ? Ces questions sont essentielles.

Elles le sont pour les musées, elles le sont, à l’évidence, pour les personnes concernées, mais aussi pour leur entourage. Comment sortir de la relation univoque « aidant (les proches qui assistent la personne malade) / patient », quand on diagnostique une maladie, un handicap ? Comment continuer à vivre ensemble, à avoir des activités communes au lieu de laisser parasiter des rapports qui furent familiaux conjugaux, amicaux, par le seul rapport à la maladie ? Ce sont ces questions auxquelles les Musées, le Museum of Modern art de New York en premier lieu avec le programme Meet me, puis les musées français se sont confrontés ces dernières années et, pour la France, très activement, il y a deux ou trois ans.

Que sont devenus ces programmes aujourd’hui ? Comment ont-ils évolué, mais aussi, comment une politique de l’accueil des publics est-elle passée, peut-être, de l’approche de publics « ciblés » (en l’occurrence le public difficile des personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer) à une politique plus générale, concernant les « seniors », personnes bien portantes, et peut-être surtout désormais, d’autres publics définis aujourd’hui comme empêchés, éloignés ? Quelle est la place que peuvent continuer à avoir les personnes âgées, alors que les moyens des services culturels des musées ne sont pas inépuisables ? Quelle est la place, peut-être, du volontariat civique – de missions solidaires qui rendent actives, dans les institutions culturelles, des citoyens seniors ? La question est un peu taboue dans notre société française et je suis extrêmement heureuse qu’une de ces personnes volontaires, Walter SREBNICK, ancien professeur d’université et depuis plusieurs années médiateur aux Cloisters du Metropolitan Museum et à la Morgan Library and Museum, aborde ce sujet aujourd’hui. Enfin, comment des personnes âgées (artistes et amateurs) peuvent-elles cohabiter dans des institutions ouvertes à l’art ? C’est l’objet de la contribution de Laurence MAYNIER, directrice de la Maison Nationale des Artistes, à Nogent-sur-Marne.