Appel à communications, Colloque à l’École normale supérieure, 18 et 19 octobre 2019 - IRIS Création Cognition Société (PSL), programme Aging in Arts/ UMR THALIM / DHTA (ENS)

, par Ingrid Pichon

Appel à communications

Colloque à l’École normale supérieure, 18 et 19 octobre 2019
IRIS Création Cognition Société (PSL), programme Aging in Arts/ UMR THALIM / DHTA (ENS)

L’Âge du rôle
Acteurs et actrices face au temps, au théâtre et au cinéma

À la scène, comme à l’écran, l’acteur, l’actrice, met en jeu son corps, son visage, sa voix. Si certains codes esthétiques, certains dispositifs ou artifices de représentation, certains éléments de fiction peuvent modifier la perception de son âge, celui-ci est souvent, au long de sa carrière, un élément déterminant de sa distribution dans un rôle, mais aussi de sa propre création artistique. Le cinéma et le théâtre n’ont d’ailleurs cessé de jouer avec l’âge des acteurs et des actrices, en le masquant ou le déniant, ou au contraire en le donnant à percevoir comme une dimension de réalité au sein de la fiction. Ce colloque se propose d’examiner l’importance du rapport à l’âge dans la production des acteurs et des actrices, dans leur carrière, dans l’évolution de leur jeu, dans les films et les spectacles qui les mettent en scène – cette attention portée à l’âge des interprètes étant également liée au sens social, anthropologique de cette donnée, variable selon les époques. Être jeune, vieux, vieille, enfant, adolescent.e, sont en effet moins des stades biologiques que des catégories historiques et culturelles construites et relatives – ce que le cinéma et le théâtre peuvent permettre d’appréhender concrètement.
Au théâtre, la question de l’adéquation de l’âge du personnage et de celui de l’interprète est notoirement variable : neutralisée par certaines conventions, elle est retenue par d’autres comme un élément décisif de crédibilité. Cela tient aussi à l’écriture, et à son rapport (ou non) à un certain réalisme. Mais si l’âge d’un personnage peut être abstrait, indéfini, l’interprète le concrétise : ainsi, au-delà des conventions, et parfois à rebours des didascalies, un choix d’âge inattendu pour tel ou tel rôle peut devenir un élément de dramaturgie – la mise en scène contemporaine a largement joué de tels effets de variation.
En outre, même dans des dramaturgies non naturalistes, les personnages, au sein d’une même pièce, sont souvent inégalement définis par leur âge. On connaît celui de Célimène et d’Arsinoé – mais celui d’Alceste ? Cet exemple, et bien d’autres, invitent à se demander si l’âge est plus constitutif des rôles féminins que masculins, et quel impact a cette détermination sur le travail de actrices, sur leur carrière, voire sur leur recrutement dans les écoles. Casting et distributions, néanmoins, ont leurs codes propres. À la scène, comme à l’écran, certains acteurs, certaines actrices ont régulièrement joué des personnages plus âgés qu’eux, ou « sans âge », parfois depuis le début de leur carrière. D’autres ont basculé d’un coup d’une génération à la suivante, ou traversé le désert d’un âge intermédiaire. D’autres enfin, quasi trans-âge, se présentent au regard comme invariants pendant une ou deux décennies. Ce jeu de conjonctions ou de disjonctions entre l’âge réel de l’interprète et celui suggéré ou supposé du personnage, qu’il soit explicite ou implicite, est une dimension du rapport au spectateur, à la spectatrice, qu’on explorera. On pourra aussi interroger, au cinéma, la corrélation entre l’âge des acteurs ou actrices et celui du public envisagé. Dans certains cas, l’extension du spectre des générations de spectateurs potentiels affecte autant le sujet des scénarios que le casting : l’âge des interprètes influe sur la matière même de la fiction.
Joue-t-on l’âge ? Aux extrêmes du spectre, on pourra s’intéresser particulièrement aux rôles d’enfant ou de vieillard, à la façon dont sont distribués, interprétés, mis en scène ces personnages premièrement définis par leur âge : suffit-il pour faire exister l’enfance ou la vieillesse en scène ou à l’écran de choisir des interprètes correspondant dans la vie à cette catégorie ? Si non, comment les compose-t-on ? Entre deux âges, qui pour jouer les rôles d’adolescent.es, nombreux et souvent centraux ? Et qu’en est-il de la représentation de l’âge mûr : joue-t-on l’adulte ? Le cinéma et le théâtre ont-ils quelque chose à dire là-dessus ou s’agit-il d’un point aveugle, d’une zone par défaut ? Cet « âge neutre » n’est pas le même, pour les hommes et les femmes : on sait que le cinéma et le théâtre offrent peu de rôles aux actrices en milieu de carrière, et s’intéressent peu aux personnages féminins en milieu de vie. Quelles sont les incidences de ce rapport genré à l’âge ? L’époque contemporaine – notamment du fait de la présence de metteuses en scène et de réalisatrices – le fait-elle évoluer en accordant plus de place aux actrices quadra, quinqua, sexagénaires ?
Inversement, on pourra aussi se demander si le tropisme de nos sociétés vers la jeunesse ne se répercute pas désormais, quoique dans une moindre mesure, sur les rôles masculins. Du rajeunissement systématique des grands personnages du répertoire à la perte d’aura des séducteurs d’âge mûr, les acteurs sont-ils aujourd’hui exposés, à leur tour, à la disqualification par l’âge ?
La figuration de l’âge à la scène ou à l’écran n’est pas liée seulement à la distribution, au casting, ou au jeu. Elle passe aussi par le costume, le maquillage, les postiches – voire par la chirurgie plastique… Au cinéma, la lumière, le cadrage, et aujourd’hui les interventions numériques permettent de déjouer un rapport trop cru à l’âge – ou à l’inverse de révéler une image de l’acteur, de l’actrice d’un réalisme inattendu. Les rapports d’âge entre interprètes sont également un élément, parfois en trompe-l’oeil, de la perception de l’âge par les spectateurs : des générations d’acteurs se sont trouvés « rajeunis » dans leur rôle, ou maintenus dans la jouvence au long de leur carrière, par le choix systématique d’une partenaire de dix, puis de vingt ans leur cadette…. Tricher sur l’âge par divers moyens peut aussi avoir pour objet une caractérisation sociale – faire plus que son âge, ou moins, sont des marqueurs souvent utilisés pour figurer les appartenances de classe : on pourra étudier
comment certains interprètes jouent différemment de leur âge selon la sociologie de leurs personnages.
Certaines fictions enfin, que ce soit au théâtre ou au cinéma, suivent leurs personnages au long de leur existence : on s’intéressera à la façon dont un même acteur, une même actrice
traversent les âges de la vie de leur personnage devant le spectateur, quels moyens sont mis en oeuvre pour représenter ce vieillissement ou au contraire comment de telles histoires justifient un partage du rôle entre plusieurs interprètes. On pourra également se pencher sur la reprise d’un même rôle au fil de la carrière d’un acteur ou – moins souvent – d’une actrice, sur les suites de films avec même distribution, sur le retour d’un acteur ou d’une actrice au fil d’une même oeuvre cinématographique ou scénique, c’est-à-dire sur les formes de représentation qui intègrent le vieillissement réel de l’interprète au sein de leur construction. Ce qui invitera également à poser la question de l’évolution, au cours de de sa vie, de l’art d’un acteur et d’une actrice – à s’interroger sur ce que le temps fait au jeu.

Axes proposés pour les communications (liste non exhaustive)

• Esthétiques de jeu et âge des interprètes, selon les époques, les codes, les traditions.

• Âge du personnage et âge des interprètes : conjonctions et disjonctions

• L’évolution du jeu en fonction de l’âge

• La carrière des acteurs et des actrices en fonction de leur âge

• Le retour des acteurs ou de actrices, au long de leur vie, dans l’oeuvre d’un.e même
cinéaste ou metteur.se en scène

• Perception genrée de l’âge : importance de l’âge pour les acteurs, pour les actrices,
selon les époques, les sociétés, les traditions

• Masculinité, féminité, âge : acteurs et actrices face aux âges de la vie de l’homme,
aux âges de la vie de la femme

• Évolution contemporaine du rapport à l’âge des actrices, et des acteurs

• Jouer l’âge : acteurs et actrices face au sens social, anthropologique, des catégories
de l’âge : représenter/interroger la vieillesse, l’enfance, l’adolescence, la jeunesse

• Jouer des personnages qui vieillissent, à la scène, à l’écran

• Acteurs et actrices « sans âge »

• Acteurs et actrices « trans-âge »

• Jeunes acteurs, jeunes actrices : spécificités

• Vieux acteurs, vieilles actrices : spécificités

• Casting et âge

• L’âge et « l’emploi »

• L’âge et la représentation du monde social : âge et personnages bourgeois,
populaires, marginaux.

• Dramaturgies par l’âge : rajeunir, vieillir les personnages du répertoire

• Travestir son âge : jouer la vieillesse, la jeunesse, l’enfance, se vieillir, se rajeunir

• Maquillage, postiches, costumes, lumière, cadrage… : artifices théâtraux et
cinématographiques et âge des interprètes

• Âge de acteurs et des actrices, âge du public

Les propositions de communication (2500 signes maximum), accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique doivent être envoyées avant le 15 juin 2019, avec pour objet : « L’Âge du rôle », aux organisatrices : Anne-Françoise Benhamou : anne-francoise.benhamou@ens.fr et Françoise Zamour : francoise.zamour@ens.fr