IHRF (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)/ IHMC/ DHTA (ENS) / Thalim Conciergerie (Centre des monuments nationaux)

, par Ingrid Pichon

Un foisonnement de représentations s’est emparé de Marie-Antoinette, de son vivant à nos jours. Comme si chaque époque, chaque groupe avait voulu construire « sa » reine, de la traitresse étrangère à la figure martyre, de l’héroïne adolescente à la mère exemplaire, de la femme de culture à l’icône de mode, ou chaque pays conçu sa vision de Marie-Antoinette, populaire aussi bien au Japon qu’aux Etats-Unis, en Angleterre et en Italie.

Autant elle sembla en décalage dans la France de son temps, qui l’a peu comprise, autant sa figure s’est épanouie dans l’imaginaire par la suite, et notamment depuis quelques années. Nous étudierons toutes les étapes de ces retrouvailles, de la Restauration au Second Empire, de la Belle-Epoque à nos jours. Marie-Antoinette est devenu le personnage historique le plus figuré par les livres, les biographies ou les films, le plus représenté par les artistes contemporains, le plus recyclé en poupées, mangas, romans, publicités, meubles, miroirs ou jeux vidéos.

Pourquoi ce foisonnement d’images ? Pourquoi le sort de cette princesse se prête-t-il aux multiples fantasmes d’aujourd’hui ? Sans doute parce qu’elle est devenue le symbole d’une féminité malmenée et condamnée au malheur. Par sa naissance dans les milieux les plus privilégiés de l’Europe, et son désir, pourtant, d’y mener une vie indépendante, puis par sa rencontre avec l’Histoire, qui lui confère un rôle politique tout en la condamnant à un destin tragique, Marie-Antoinette fait vibrer une puissante fibre émotionnelle.

Cela a offert à la reine une double identité : elle est la « pauvre petite fille riche » qui met en relief la sensiblerie d’aujourd’hui mais aussi une persona témoignant de la construction d’une valeur ambivalente de l’espace public, la « célébrité ».

Ce colloque international, qui intervient en dialogue avec l’exposition de la Conciergerie sur le même thème (16 octobre 2019-26 janvier 2020), réunit, sur deux jours et demi, une trentaine de spécialistes, historiens, historiens d’art, littéraires, sociologues, anthropologues, mais également artistes et metteurs en scène. Ils voudrait faire comprendre, tant historiquement que par une approche comparée et critique des formes, cette sur-médiatisation mondiale de Marie-Antoinette et son revival kitsch.

PROGRAMME :

Mercredi 20 novembre, à la Conciergerie
(19h-22h)

• Ouverture, par Philippe Bélaval (président du Centre des monuments nationaux) et Cécile Rives (administratrice de la Conciergerie)

• Présentation, par Antoine de Baecque (Ecole normale supérieure) et Pierre Serna (Université de Paris I–Panthéon-Sorbonne)

• Caroline Weber (Columbia University), La reine de la mode

• Martial Poirson (Université de Paris 8–Saint-Denis), Marie-Antoinette Mania. Trajectoire iconique d’une reine de France dans la pop culture internationale

 

Jeudi 21 novembre, à la Sorbonne (Amphithéâtre Liard)
(9h-12h30)

• Accueil par Pierre Serna (directeur de l’IHRF, Université de Paris I–Panthéon-Sorbonne)

Mélanie Traversier (Université de Lille), Une princesse parmi ses sœurs

• Fanny Cosandey (Ecole des hautes études en sciences sociales), Marie-Antoinette, reine de France

Images : Raphaël Masson (Centre de recherche du château de Versailles), Quelques tableaux d’Elisabeth Vigée Le Brun ; Corinne Le Bitouzé (Bibliothèque nationale de France, département des estampes et de la photographie), Gravures de mode  ; Claude d’Anthenaise (Musée de la chasse et de la nature), Marie-Antoinette et Mme de Tourzel

• Catriona Seth (Université de Lorraine/Oxford University), Profil perdu d’une princesse

• Antoine Lilti (Ecole des hautes études en sciences sociales), La fabrique de la célébrité visuelle

 

(14h-16h45)

• Stanis Perez (Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord), Les corps de la reine

Annie Duprat (Université de Cergy-Pontoise), Les caricatures contre Marie-Antoinette

Pierre Serna (Université de Paris I–Panthéon-Sorbonne), Au bout des crimes des reines de France

Images : Antoine de Baecque (Ecole normale supérieure), Pamphlets et caricatures obscènes ; Anne Zazzo (Musée Carnavalet), Marie-Antoinette dans les collections du Musée Carnavalet ; Christophe Marcheteau de Quinçay (Musée des beaux-arts de Caen), Marie-Antoinette dans les collections du Musée des beaux-arts de Caen.

 

(17h-19h30)

Guillaume Mazeau (Université de Paris I–Panthéon-Sorbonne), La Conciergerie et Marie-Antoinette

Images : Yann Potin (Archives Nationales), La dernière lettre ; Alain Chevalier (Musée de la Révolution française, Vizille), Un reliquaire de 1793.

• Anne Carol (Université d’Aix-Marseille/ Ecole des hautes études en sciences sociales), Les reliques de la reine

Images : Aymeric Peniguet de Stoutz (Chapelle expiatoire), Marie-Antoinette à la Chapelle Expiatoire ; Jean-Michel Leniaud (Ecole pratique des hautes études), Les deux priants de Saint-Denis.

 

Vendredi 22 novembre, à l’Ecole normale supérieure (salle Jean Jaurès)
(9h-12h30)

• Accueil par Nadeije Laneyrie-Dagen (directrice du DHTA, Ecole normale supérieure)

• Clémence Poupin (DRAC Ile de France), L’imagerie d’Eugénie et la figure de Marie-Antoinette

• Baptiste Roger-Lacan (Université d’Avignon/Université de Paris I Panthéon-Sorbonne), Pierre de Nolhac, le chevalier servant

• François Huzar (Université de Paris 3–Sorbonne nouvelle), Marie-Antoinette, reine des premiers écrans

Table-ronde : « Représenter la reine » (avec Benoît Jacquot, réalisateur, Pierre Schœller, réalisateur, Anne Seibel, chef décoratrice, Marion Boudier, dramaturge).

 

(14h-17h)

Cyril Triolaire (Université de Clermont Auvergne), Marie-Antoinette, héroïne manga

• Jean-Clément Martin (Université de Paris I–Panthéon-Sorbonne), Marie-Antoinette, video game

• Cécile Berly (Université de Paris I–Panthéon-Sorbonne), La reine du Net

 

Images : Antoine de Baecque (Ecole normale supérieure), Marie-Antoinette dans les collections de la Cinémathèque française

 –Table-ronde : « La reine dans l’art d’aujourd’hui » (avec Jul, dessinateur, Benjamin Lacombe, auteur illustrateur, Martial Poirson, historien, Kimiko Yoshida, artiste)

 

Direction du colloque  : Antoine de Baecque (Ecole normale supérieure, DHTA), commissaire de l’exposition Marie-Antoinette, métamorphoses d’une image, à la Conciergerie ; Pierre Serna (Université de Paris I–Panthéon-Sorbonne), directeur de l’IHRF.

Secrétariat du colloque  : Isabelle Chalet-Bailhache (Centre des Monuments nationaux/Conciergerie) ; Baptiste Roger-Lacan (Université d’Avignon/Université de Paris I–Panthéon-Sorbonne)

Dates : 20, 21 et 22 novembre 2019

Lieux : Conciergerie, Ecole normale supérieure (Salle Jean-Jaurès), Sorbonne (Amphithéâtre Liard)